Une facture impayée se traite dans un ordre précis, et la plupart des erreurs se commettent avant la première relance : une mention absente des conditions de vente, et les pénalités de retard deviennent difficiles à réclamer. Voici la marche à suivre, de l'appel téléphonique au titre exécutoire.
La relance se fait en deux temps : un rappel simple, par téléphone ou par écrit, puis une mise en demeure de payer par lettre recommandée avec accusé de réception. Entre professionnels, les pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 € sont dues sans qu'aucun rappel soit nécessaire — à condition de les avoir prévues dans vos conditions de vente et de les avoir portées sur la facture.
Relancer une facture qui n'est pas encore due fait perdre du crédit pour les relances suivantes. La première question est donc celle de la date d'exigibilité, et la réponse n'est pas la même selon le client.
Deux vérifications matérielles valent mieux qu'une relance prématurée : la facture est-elle bien partie, et à la bonne adresse ? Le délai de paiement y figure-t-il ? Cette mention est obligatoire sur la facture (article L441-9 du code de commerce) et dans les conditions générales de vente (article L441-1). C'est aussi la pièce qui rend la suite incontestable.
Pour la liste complète de ce qui doit apparaître sur une facture de réparation — kilométrage, décompte détaillé des travaux, mentions de TVA — voir notre guide sur les mentions obligatoires d'une facture de garage.
C'est le point que beaucoup d'ateliers découvrent trop tard. Entre professionnels, les pénalités de retard ne se demandent pas : elles sont dues de plein droit. Service-public.fr est explicite — « les pénalités de retard peuvent être appliquées sans avoir à faire un rappel de paiement ou sans avoir à adresser de mise en demeure ». Elles se calculent par jour de retard, à partir du lendemain de la date de règlement indiquée sur la facture.
Le taux, lui, se choisit, dans des limites fixées par l'article L441-10 du code de commerce :
S'y ajoute une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 € (article D441-5 du code de commerce). Ses règles méritent d'être connues précisément :
Le risque est dans les deux sens. Ne pas mentionner les pénalités et l'indemnité de 40 € dans ses conditions de vente, prévoir un taux non conforme ou des conditions d'exigibilité irrégulières expose à une amende administrative pouvant atteindre 75 000 € pour une entreprise individuelle et 2 millions d'euros pour une société, doublées en cas de récidive dans les deux ans (articles L441-16 et L470-1 à L470-2 du code de commerce).
Le recouvrement amiable tient en deux étapes, et service-public.fr précise qu'aucune des deux n'est obligatoire. La relance est néanmoins « utilisée quasi systématiquement », parce qu'elle règle les deux cas les plus fréquents : l'oubli pur et simple, et la difficulté passagère de trésorerie.
Elle se fait par téléphone, par écrit, ou les deux. En pratique, l'appel obtient une réponse plus vite et l'écrit laisse une trace : faire les deux, dans cet ordre, coûte peu. Quelques points de méthode :
À retenir : la relance n'est pas un préalable obligatoire à une mise en demeure ni à une action en justice. Vous pouvez la sauter si le dossier est déjà tendu.
La mise en demeure est l'acte qui fait basculer le dossier du commercial au juridique. Son régime est fixé par les articles 1344 à 1345-3 du code civil. Elle n'est pas obligatoire, sauf cas particuliers, mais c'est la pièce que le juge attendra dans la plupart des procédures qui suivent.
Trois formes sont possibles.
Aucun texte n'impose de formulaire type. En pratique, pour qu'elle produise son effet, elle doit nommer sans ambiguïté : vos coordonnées complètes et celles du client, l'intitulé « mise en demeure de payer », la référence et la date de la facture, le montant restant dû, le détail des pénalités de retard et de l'indemnité de 40 € le cas échéant, un délai de paiement précis, et l'annonce des suites en cas de silence. Datez-la et signez-la, et conservez l'avis de réception : c'est lui qui prouve la date.
Un atelier facture les deux, et le régime n'est pas le même. La confusion coûte cher dans les deux sens : réclamer à un particulier ce qui ne lui est pas dû est une pratique commerciale contestable, et renoncer à ce qui est dû par un professionnel revient à financer gratuitement son client.
| Client particulier | Client professionnel | |
|---|---|---|
| Exigibilité du paiement | En principe immédiate | 30 jours par défaut, jusqu'à 45 jours fin de mois ou 60 jours si convenu |
| Pénalités de retard de l'article L441-10 | Non : le dispositif vise les relations entre professionnels | Oui, de plein droit, sans rappel ni mise en demeure |
| Indemnité forfaitaire de 40 € | Non : réservée aux actes de commerce | Oui, une fois par facture en retard |
| Procédure de recouvrement des petites créances | Oui, si la créance ne dépasse pas 5 000 € | Hors facturation entre commerçants, qui relève de la nouvelle procédure |
Pour une clientèle de particuliers, l'essentiel se joue donc en amont, dans les conditions de vente affichées et dans le devis ou l'ordre de réparation signé : ce sont eux qui établissent ce qui a été commandé, à quel prix et pour quand.
Passé la mise en demeure restée sans effet, quatre voies existent, et une cinquième vient d'être créée. Le choix dépend du montant, de la qualité du client et du fait que la créance soit contestée ou non.
Pour une créance qui ne dépasse pas 5 000 €, le créancier peut mandater un commissaire de justice (articles L125-1 et R125-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution). Le commissaire invite le débiteur à participer, par lettre recommandée ou message électronique ; le débiteur répond sous un mois, et l'absence de réponse vaut refus. Son acceptation suspend la prescription (article 2238 du code civil) ; l'accord trouvé est rendu exécutoire, ce qui permet une saisie bancaire sans passer devant un juge. En cas d'échec, la procédure s'arrête et la voie judiciaire reste ouverte.
Les frais sont à la charge du créancier, et ils sont tarifés : 14,92 € TTC au dépôt de la demande, 29,76 € TTC pour la délivrance du titre exécutoire (non dus en cas d'échec), plus des émoluments en cas de paiement — 21,28 € jusqu'à 188 €, puis un barème dégressif par tranches. Pour une créance de 200 €, service-public.fr donne un exemple à 22,49 € d'émoluments. Important : cette procédure exclut les créances commerciales, c'est-à-dire les factures entre commerçants.
C'est la procédure écrite, sans audience et non contradictoire, prévue par les articles 1405 et suivants du code de procédure civile. On saisit le tribunal du lieu du domicile du débiteur : le tribunal de commerce (ou des activités économiques) si les deux parties sont commerçantes ou si l'acte est un acte de commerce, sinon le tribunal judiciaire. La requête se fait par formulaire (Cerfa n° 12946 au tribunal de commerce, n° 12948 au tribunal judiciaire), sans avocat obligatoire, accompagnée du devis ou du contrat, de la copie de la facture impayée et de la mise en demeure. Les frais de greffe sont de 33,47 € au tribunal de commerce ; il n'y en a pas au tribunal judiciaire.
Le juge accorde la totalité, une partie seulement, ou rejette la requête — un rejet n'est pas susceptible d'appel. L'ordonnance doit ensuite être signifiée par commissaire de justice, aux frais du créancier, dans un délai de 3 mois depuis le 1er septembre 2026, contre six mois auparavant : passé ce délai, elle est non avenue. Le débiteur a un mois à compter de la signification pour former opposition. Sans avis d'opposition dans les deux mois de la signification, le créancier peut poursuivre l'exécution forcée : l'ordonnance constitue alors un titre exécutoire (article 1422).
Deux autres voies judiciaires existent : le référé-provision, qui permet d'obtenir rapidement une avance sur la somme due, et l'assignation en paiement, procédure au fond, plus longue, qui s'impose dès que la créance est sérieusement contestée.
La loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 crée une procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées, qui ne nécessite pas l'intervention du juge et complète la procédure des petites créances, limitée à 5 000 €. Elle s'applique aux créances certaines, liquides et exigibles facturées entre commerçants, sans seuil de montant, et son déroulé est le suivant :
Différence notable avec la procédure des petites créances : les frais sont à la charge du débiteur. Les modalités seront précisées par un texte d'application, et les fiches officielles indiquent que la procédure sera opérationnelle au plus tard le 31 décembre 2026. Le contexte avancé par les pouvoirs publics est net : la Banque de France estime que les retards de paiement augmentent de 25 % la probabilité de défaillance d'une entreprise, et de 40 % lorsque le retard dépasse un mois.
Un impayé se prévient mieux qu'il ne se recouvre, et les leviers sont dans l'atelier, pas dans le classeur de relances.
IZZI DEVIS est un logiciel de gestion d'atelier piloté à la voix, destiné aux professionnels de la mécanique, de la carrosserie, de la moto et de l'électricité. Sur le suivi des impayés, voici ce qu'il fait, factuellement.
Ce qu'il ne fait pas : il ne rédige pas votre mise en demeure, il ne saisit aucun tribunal, il ne se substitue pas à un commissaire de justice, et il n'encaisse rien auprès des particuliers — les règlements de vos clients passent par vos propres moyens de paiement. Le détail des fonctions est sur la page logiciel de gestion de garage, et les échéances de la réforme de la facturation dans notre guide sur la facturation électronique.
Le dispositif de l'article L441-10 du code de commerce, qui rend les pénalités de retard dues de plein droit, vise les relations entre professionnels. L'indemnité forfaitaire de 40 € ne concerne, elle, que les actes de commerce. Pour une clientèle de particuliers, tout repose donc sur ce que prévoient vos conditions générales de vente, portées à la connaissance du client avant l'intervention.
Entre professionnels, elle est due de plein droit dès le retard, sans rappel ni mise en demeure, à condition de figurer dans vos conditions générales de vente et sur vos factures. Elle est due une seule fois par facture payée en retard, même en cas de paiement partiel, et elle n'est pas soumise à la TVA.
Elle n'est pas obligatoire, sauf cas particuliers, et la relance ne l'est pas davantage. En pratique, c'est l'une des pièces attendues à l'appui d'une requête en injonction de payer, et elle doit être rédigée en des termes suffisamment clairs et formels pour être qualifiée de mise en demeure : un simple rappel aimable n'en est pas une.
Les frais sont à la charge du créancier : 14,92 € TTC au dépôt de la demande auprès du commissaire de justice et 29,76 € TTC pour la délivrance du titre exécutoire, ces derniers n'étant pas dus si la procédure échoue. S'y ajoutent des émoluments en cas de paiement, soit 21,28 € jusqu'à 188 €, puis un barème par tranches. La créance ne doit pas dépasser 5 000 € et ne pas être une créance commerciale entre commerçants.
La loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 permet de recouvrer une facture entre commerçants, certaine, liquide et exigible, sans seuil de montant et sans intervention du juge : commandement de payer délivré par un commissaire de justice, délai d'un mois, puis procès-verbal de non-contestation rendu exécutoire par le greffier du tribunal de commerce. Les frais sont à la charge du débiteur. Les modalités seront fixées par un texte d'application, et les fiches officielles annoncent une mise en œuvre au plus tard le 31 décembre 2026.
Cet article est une information générale, à jour au 29 octobre 2026. Il ne remplace pas le conseil de votre expert-comptable ou de votre conseil juridique.
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